Quelques cicatrices

L’Argentine et le Chili ne font pas exception à la règle, ils comportent comme tant d’autres pays, des cicatrices soulignant des évènements marquants

Les Indiens Mapuches

Les Mapuches vivent principalement dans les zones rurales de la région de l’Araucanía ainsi que dans la région des Lacs et la région métropolitaine, autrement dit la capitale, Santiago du Chili. Originaires des Andes chiliennes, ils ont propagé leur culture aux tribus « Het » et « Tehuelches », de La Pampa à la Patagonie argentine, entre le 18ème et le 19ème siècle. Ni les Incas ni les Conquistadors ne réussirent à les soumettre. Les croyances du peuple Mapuche sont basées sur le culte des esprits des ancêtres, et des esprits et/ou éléments de la nature. Ces esprits ne correspondent pas à des « divinités » comme on pourrait l’entendre dans le monde occidental. Malgré le nombre d' »êtres » présents dans leurs croyances ils n’ont jamais érigé de panthéons à leur image comme c’est le cas dans d’autres civilisations d’origine andine.

Guerre de conquête contre les Indiens Mapuches et Patagons

Vers 1880, l’Argentine et le Chili entreprirent des guerres de conquête contre les Indiens (Mapuches et Patagons) qui vivaient au sud du continent dans des régions incontrôlées et difficilement pénétrables. Ces guerres d’extermination qui firent des dizaines de milliers de morts parmi les Indiens poursuivaient aussi un autre objectif : l’accès à la « bi-océanité ». Le Chili voulait s’ouvrir sur l’Atlantique par le sud et l’Argentine sur le Pacifique, là aussi par le sud. La résistance Mapuche perdure, et, actuellement, environ 400 militants Mapuches sont inculpés et/ou emprisonnés à la suite de leur mobilisation pour sauvegarder des terres ancestrales en but aux grandes compagnies forestières et aux projets de barrages hydroélectriques. Finalement, la frontière fut stabilisée dans sa forme actuelle à la fin du 19ème siècle. Dans la zone argentine, la pacification menée par le futur président argentin Julio Argentino Roca fut également cruelle.

Julio Roca débute une carrière militaire en 1858. Vétéran de la guerre fratricide entre Buenos Aires et la Confédération argentine qui eut lieu de 1859 à 1861, il participa aussi à la guerre de la Triple Alliance contre le Paraguay de 1865 à 1870, guerre dans laquelle il perdit son père et ses deux frères.

Roca se fit donner la charge du ministère de la guerre. Il fit adopter le 14 août 1878 un plan de guerre offensive contre les indigènes habitant la Patagonie, dans le but d’accroître le territoire sous souveraineté effective de l’Argentine. Il s’agissait aussi de damner le pion au Chili qui depuis longtemps lorgnait vers ces territoires jamais encore soumis.

Il mit au point la très mal nommée Conquête du Désert (1879-1884), que les spécialistes modernes ont qualifié d’acte de génocide et de purification ethnique caractérisé. Le nom même de la dite campagne rend compte de la manière dont les peuples autochtones étaient perçus à l’époque : comme des sauvages qu’il n’y avait qu’à exterminer puisque malgré leur présence sur ces terres habitées on appelait ces terres un désert. Roca, à la tête d’une puissante armée moderne et bien entrainée parvint à soumettre la Patagonie en venant à bout de la résistance tenace des peuples de l’ethnie Mapuche, causant un nombre épouvantable de victimes. On estime que la guerre fut la cause directe de la mort de plus de 20 000 indigènes non combattants.

Mais la simple victoire ne lui suffisait pas. Les survivants furent déportés au loin dans les régions les plus stériles de Patagonie et d’ailleurs. Quelques 3 000 natifs (hommes et femmes), furent faits prisonniers et déportés à Buenos Aires, où on les sépara par sexe, afin d’empêcher qu’ils puissent procréer des enfants.

L’Argentine avait acquis ainsi des millions d’hectares de nouvelles terres. Ces énormes domaines furent vendus à bas prix, voire tout simplement offerts à des politiciens et gros propriétaires influents. Pour justifier une opération aussi cruelle on allégua que ces territoires étaient sur le point d’être conquis par le Chili, vu qu’ils étaient partiellement l’objet d’un litige entre les deux pays, et cela jusqu’à la signature du traité Argentine-Chili de 1881.

La guerre des Malouines

La guerre des Malouines fut un conflit entre l’Argentine et le Royaume-Uni à propos des îles Malouines entre mars et juin 1982. Bien que surpris par l’attaque argentine sur les îles, le Royaume-Uni réagit et chassa les troupes argentines. En Argentine, l’échec contribua à la chute de la junte militaire et la restauration d’un régime démocratique. Pour remonter sa popularité, le régime militaire engagea la guerre des Malouines. Il croyait apparemment bénéficier du soutien de Washington, sans lequel il n’aurait jamais osé s’attaquer à la Grande-Bretagne.

La réponse de Margaret Thatcher ne s’est pas fait attendre, et la défaite cuisante de l’armée argentine provoqua la chute du régime militaire. Pour autant, la transition démocratique ne s’est pas fait du jour au lendemain ; si même on la considère achevée aujourd’hui (bien que les militaires restent libres et qu’une nouvelle disparition, contre un témoin clé, ait eu lieu en… 2006).

Après des tensions avec la Grande-Bretagne et un régime dictatorial aux abois, l’Argentine envahit les îles en avril 1982, mais en fut chassée moins de 3 mois plus tard par la riposte britannique à l’issue de la guerre des Malouines. Bien que l’opinion publique au Royaume-Uni soutînt l’intervention, la communauté internationale se montra plus divisée. Pour certains États, il s’agissait d’un conflit entre un pouvoir colonial et un État régional. Toutefois, en raison de son caractère dictatorial, le régime argentin peina à obtenir un soutien. La crainte de voir leurs frontières remises en cause groupa une majorité d’États aux Nations Unies en faveur du Royaume-Uni. Le 10 avril, la Communauté économique européenne vota des sanctions contre l’Argentine.

Le mouvement des mères de la place de Mai

Le mouvement des mères de la place de Mai (en espagnol : « Asociación Madres de la Plaza de Mayo ») est une association des mères argentines dont les enfants ont « disparu », assassinés sous la dictature militaire des années 1976-1983, pendant la guerre sale.

Les militaires ont admis que plus de 9 000 personnes kidnappées ne sont toujours pas reconnues. Depuis la chute du régime dictatorial, le gouvernement civil a estimé le nombre de disparus à 11 000. De leur côté, les mères de la place de Mai estiment que ce nombre avoisine 30 000.

Les mères de la place de Mai est l’unique organisation de femmes en Argentine, activiste des droits de l’homme. Depuis près de trente ans, les mères se sont battues pour retrouver leurs enfants enlevés par la dictature militaire. En signe de protestation, elles portent des foulards blancs (à l’origine : les langes en tissu de leurs bébés)… pour remémorer la disparition de leurs enfants. Le nom des organisations vient de la Plaza de Mayo (Place de Mai) au centre de Buenos Aires. Elles se rassemblent tous les jeudis après-midis et tournent sur la place pendant une demi-heure, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, remontant ainsi symboliquement le temps et critiquant l’impunité des militaires responsables des massacres et des tortures.

L’association des mères de la place de Mai avait été formée dans l’espoir de trouver les fils et filles disparus, enlevés par des agents du gouvernement argentin pendant la guerre sale, de 1976 à 1983. La plupart ont été torturés et tués. Les premières manifestations sur la place de Mai, devant le palais présidentiel Casa Rosada, eurent lieu le 30 avril 1977.